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ENTRE INSECURITE ET DIFFICULTES ECONOMIQUES/ LES MENAGES TOGOLAIS ONT CHOISI LA RUEE VERS LE GAZ BUTANE GHANEEN

18 Août 2013, 16:10pm

Publié par ADRY Ayaovi Sedjrawodo, alias ADRY BONCHEMIN

Deux bouteilles de gaz butane attachées sur la moto, Kodjo (Togolais) tente désespérément de convaincre l’agent de la douane ghanéenne pour pouvoir continuer sa route cette terre voisine afin de se procurer ce combustible domestique. Après plus de trente minutes de négociations dans un anglais approximatif ponctué de quelques mots français et éwé[1], Kodjo finit par payer 700 F Cfa pour les deux bouteilles de 12kg alors que le douanier lui réclamait 500 F Cfa par bouteille. Le trajet devenait ainsi trop onéreux pour ce togolais qui avait déjà versé 200 F aux militaires togolais et 500 F à un autre agent des forces de sécurité ghanéennes en faction de part et d’autre de l’une de ces nombreux postes de frontières entre Lomé, la capitale togolaise et Aflao, la ville ghanéenne voisine.

Kodjo n’est pas seul dans cette ruée vers le précieux combustible dont l’approvisionnement sur le territoire togolais constitue depuis quelques mois, un véritable casse-tête chinois pour les ménages. Contrairement à la grande ruée connu en 2010 pour cause de pénurie, plus d’un millier de togolais traverse la frontière ghanéenne chaque jour dans les mêmes conditions que Kodjo, non plus parce que la pénurie est grande, mais parce que Total-Togo, l’une des sociétés ayant le monopole de la distribution du gaz butane dans leur pays, a choisi de ne plus alimenter les détenteurs des bouteilles qu’elle juge d’origine douteuse et non conforme aux normes de sécurité en vigueur.

En moyenne 15 millions de F cfa versés par mois par les Togolais aux douaniers ghanéens pour se procurer du gaz

En faction à l’un des postes de frontière entre le Togo et le Ghana, un militaire togolais a déclaré ne pas pouvoir compter le nombre de personnes qui passent chaque avec les bonbonnes de gaz. Sur insistance, il accepte de faire une estimation de ce nombre en fonction de la somme rackettée à la fin de chaque journée. D’après lui, chaque journée passée à ce poste s’achève avec en moyenne 30 000 F Cfa et les 2/3 des passages sont destinés à la recherche du gaz butane. La moyenne de la somme perçue sur chaque passant porteur de bonbonne de gaz s’élève à 200 F, somme que généralement 1/3 des passants ne paient pas. Ce qui suppose qu’au moins 100 personnes passent par ce poste de frontière sur plus d’une vingtaine dénombrée le long de la barrière de Kodjoviakopé à Ségbé en passant par Kodomé, Attikoumé et Adidogomé.

Tout calcul fait sur une moyenne de 100 personnes traversant chacun de dix postes de frontière chaque jour pour se procurer du gaz butane au Ghana, et subissant les mêmes rackets que Kodjo, il se dégage qu’en moyenne 15 millions de F Cfa sont versés chaque mois par ces togolais à la douane ghanéenne rien que pour passer la frontière.

Sur le trajet, Kodjo et ses compatriotes font une escale pour convertir leurs F Cfa en Cedis, la monnaie ghanéenne. Le cours du Cedi étant très fluctuant, le seul moyen d’éviter tout désagrément est de faire le change avant d’arriver dans les stations de rechargement de gaz.

Ici le gaz butane est vendu en vrac ! Où est la sécurité que préserve la société de distribution du combustible au Togo ?

Derrière les boutiques d’une station-service à Aflao, une longue queue de bonbonnes de gaz de toutes formes, de toutes catégories et de toutes couleurs attendent d’être remplies. Voyant la longue file d’attente, Kodjo fonce avec sa moto vers la pompe où le gaz est servi. Il est accueilli par des huées de ceux qui attendaient qui lui indiquaient un écriteau « garager des motos ici », accroché à un mur quelques mètres plus loin. Ce qui signifie qu’en raison de sécurité, les moteurs en marche ne devaient pas approcher le lieu où le gaz butane est servi.

Dans l’attente de pousser à petit coup leur bonbonnes dans la file jusqu’à arriver à la pompe pour être servi, un débat s’engage entre les clients de cette station-service à majorité togolaise.

Pour certains, « cette pratique ghanéenne qui consiste à servir le gaz dans les stations-services tout comme l’essence ou le gas-oil est plus avantageux étant donné que le client peut acheter la quantité du combustible en fonction de sa bourse ». De même, selon ceux-ci, cela permet à chacun de détenir sa bouteille de gaz et d’en être responsable en cas de défectuosité, contrairement au système togolais où les bonbonnes sont consignées et échangées à chaque achat de gaz et pré-remplies généralement en bouteille de 6 ou 12kg.

Pour d’autres, ils sont conscient du véritable risque qu’ils prennent en se procurant du gaz de cette manière étant donné que les contenances des bouteilles ne sont pas respectés et que celles qui sont connues pour prendre 12 kg se remplissent ici jusqu’à 16 kg. Cependant ces derniers estiment ne pas avoir le choix puisque la société qui les alimente au Togo a choisi de ne plus accepter les bonbonnes qu’elle-même leur avait vendues suivant le système de consignation et d’échange.

Parmi ceux qui font ce voyage à la recherche du gaz butane, plus de la moitié se retrouvent aujourd’hui contraints par la décision de Total-Togo de ne plus accepter les bonbonnes jugées d’origines douteuses. Nombreux d’entre eux pensent toutefois que, hormis les frais douaniers, le gaz revient moins chère au Ghana et plus accessible. Raison d’ailleurs pour laquelle nombreux d’autres dont les bonbonnes sont biens conformes et griffées de la marque de leur fournisseurs togolais préfèrent les faire remplir ici à Aflao.

Après plus trois heures d’attente, Kodjo finit par regagner sa maison à Lomé et les marmites peuvent retourner au feu pour le bonheur de la maisonnée. Il s’estime satisfait puisque qu’il a fini par trouver le précieux combustible, ce qui selon lui, ne serait d’ailleurs pas évident à Lomé, même si ses bouteilles étaient conformes aux normes de son ancien fournisseurs togolais puisque la pénurie y est aussi quotidienne.

Exposition des ménages à plus d’insécurité et une contre-politique à l’économie nationale

Le souci de la société Total-Togo qui est de préserver la sécurité en décrétant un embargo sur les bonbonnes de gaz dites défectueuses que beaucoup d’ailleurs ont acquis chez elle, ne fait qu’exposer davantage les ménages togolais à plus de risque. Ces ménages étant obligés d’aller se procurer du gaz en vrac en terre étrangère et en devise étrangère. En effet, en refusant de trouver une alternative pour remplacer les bonbonnes jugées défectueuses à ces clients, la société Total Togo obligent ces derniers à continuer à utiliser ces bonbonnes malgré eux, les faisant remplir dans des conditions plus dangereuses, puisque n’ayant plus les moyens de s’en acheter de nouvelles dont le prix varie désormais entre 30 et 40 000 F Cfa. En outre, en faisant l’expérience de l’accès facile au combustible de l’autre côté de la frontière et où le problème de bonbonnes ne se pose guère, c’est une bonne partie de la clientèle qui choisit désormais cette option créant un manque à gagner à l’économie togolaise.

Au regard des calculs précédents, c’est plus de 165 millions de francs CFA[2], comme dépenses d’achat de gaz butane que les Togolais font chaque semaine au profit de l’économie ghanéenne.

Bientôt l’opération Entonnoir version bonbonne de gaz butane en direction du Ghana

Tout comme le problème d’insécurité posé par le commerce du carburant frelaté connu sous le nom de « boudè » n’a été résolu que par son interdiction, la force et la poursuite des poches de résistance jusque dans leur dernier retranchement, le ministère togolais de la sécurité n’hésitera pas à lancer la même stratégie pour mettre fin à cette ruée vers le gaz butane ghanéen. Et ceci non pas qu’une solution aurait été trouvée au problème mais juste pour empêcher la fuite de devise vers le Ghana et préserver la clientèle de la société Total-Togo.

En somme, c’est au contribuable togolais qu’il revient de payer pour la cupidité de ces agents de la société Total-Togo qui ont réussi à introduire dans le circuit les bonbonnes déclarées aujourd’hui non conformes et tout ceci pour le malheur du ménage togolais et pour le bonheur de l’économie ghanéenne.

C. Adry Bonchemin

[1] Langue locale commune au sud du Togo et du Ghana

[2] 1000 bonbonnes de 12kg de 5500 F Cfa chacune qui partent chaque jour vers le Ghana voisin

ENTRE INSECURITE ET DIFFICULTES ECONOMIQUES/ LES MENAGES TOGOLAIS ONT CHOISI LA RUEE VERS LE GAZ BUTANE GHANEEN

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DSK 20/08/2013 15:06

Laisses ces voleurs avec leur charabia de Antargaz, Elfantargaz, Elfoilgaz SIGMA Shell Mobilgaz et que sais-je encore? Ma bouteille est imprimée FinaGaz avec un bouchon antargaz. Total me refuse le gaz parce le n° A 653727 de ma bombonne ne se trouve pas dans leur base or dans un passé récent il y avait une fusion TOTAL-FINA-ELF qui surement à apporté des bombonne de marque Fina. Mais aujourd'uis je suisobliger de faire comme Kodjo. et un jour après une priorité adroite à RAMCO pour aller vers l'hopital en direction du Ghana un Policier caché dans l'angle surgit... La suite vous là connaissez c'est un billet de 1000.